1. On dit que je descends et cela me semble confirmé par mes expériences ; et pourtant il me semble que je tourne plutôt en rond, sans jamais descendre. Je crois que mes semblables s’en rendent compte (comment pourraient-ils ne pas le faire ?), mais personne n’en parle. Et puis que pourrions-nous en dire ? Peut-être vaut-il mieux nous taire ; peut-être n’avons-nous pas le courage d’en parler. Pour ma part, même si j’en parle, ne serait-ce qu’à vous, je ne suis pas plus brave que les autres, la répétition de ma condition ne me déplaisant pas, sans pour autant me plaire. Disons seulement que je sais m’en accommoder et cela sans avoir recours aux chimères de mes pairs.

À bien y penser, je n’ai jamais rien connu d’autre. Je peux m’imaginer ce que pourrait être une existence qui ne soit pas répétitive, ou du moins j’essaie de le faire, mais c’est toujours en tant qu'elle est le contraire de mon existence répétitive : je ne peux concevoir ce que serait une vie sans répétitions que dans la mesure où il m’est possible d’imaginer leur absence. J’avoue donc qu’il m’est impossible de voir clairement, ou même de manière confuse, ce que pourrait être une existence radicalement différente de la mienne. Je me dis bien qu’il doit être possible que chaque marche que je descends ne se présente pas à nouveau à moi quelques minutes plus tard, mais que se produirait-il alors ? Je peux même douter que j’y verrais une différence : chaque marche, même si elle était unique, ne pourrait pas être distinguée des autres. J’aurais alors l’impression de tourner en rond ; peut-être même suis-je dans cette situation actuellement…

Incapable d’imaginer quelle pourrait être ma vie sans cet Escalier, je tente de m’en accommoder tant bien que mal. Ce qui est, puisqu’il est, doit être ; il ne pourrait en être autrement. Je mets donc un pied devant l’autre et je descends.

 

 

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