10. Il y a longtemps que j’ai abandonné de changer quoi que ce soit à notre petite société : il est trop tard. Les habitudes étant à ce point fortes, il est impossible pour les ascendants de s’imaginer autrement que tels qu’ils sont ou croient être ; et la situation des descendants n’est certainement pas plus enviable. Nous sommes sclérosés ; notre grand âge nous rend inguérissables et notre entêtement, incorrigibles. Nous pouvons toujours rêver d’un monde meilleur, il ne sera pour nous rien de plus qu’une chimère irréalisable. Il n’engendrera jamais de changements sociaux, mais, au contraire, il contribuera au maintien du statu quo ; ce songe nous le rend supportable et nous apporte la satisfaction que nos vies nous refusent.

Il n’y a rien à faire ! Impossible de nous réformer ! Et la révolution ? Une farce ! Nous n’avons ni la flexibilité requise pour changer ni l’énergie nécessaire pour recréer notre monde. Nous sommes donc ce que nous ne pouvons qu’être, c'est-à-dire des esclaves, alors que nous aurions pu être des hommes libres si nous nous étions comportés, à la naissance de notre société, de manière à en devenir. Nous étions alors suffisamment malléables et le désir de liberté était encore vivant en nous. Mais, de nos jours, nous sommes figés et jamais nous ne pourrons être autrement.

Je ne peux que constater nos erreurs passées, sans même espérer les corriger. Heureusement notre peuple n’est pas éternel, ni l’Escalier dans lequel il vit ; viendra le jour où tous deux cesseront d’exister et tous ne s’en porteront que mieux. D’ici là, nous n’avons que ce que nous méritons. Les rêveries comme les sanglots n’y changeront rien…

 

 

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