14. Je ne peux pas supporter la vue des descendants que je rencontre à chaque marche. J’essaie bien de ne pas voir ces êtres inférieurs, mais je dois bien garder les yeux ouverts pour voir où je mets les pieds. Imaginez le ridicule dans lequel je me trouverais s'il m'arrivait de trébucher ! Je ne les regarde que du coin de l’œil, mais c’est trop. Cesseront-ils un jour d’affluer ! C’est à croire que leur nombre est infini ! Il n’y a pas une marche n’ayant pas été souillée par des milliers d’entre eux. Heureusement il m’est possible, malgré mon dégoût, de tirer profit de ces rencontres déplaisantes : elles me permettent de prendre conscience et de ne jamais oublier le caractère exceptionnel de ma condition, celle d’élu de la nature.

Que le Créateur veuille bien achever sa création en exterminant cette vermine ! Qu’il veuille bien faire de moi la main par laquelle il agira ! Je ferais alors le travail, un travail bien propre et honnête !

Vous croyez sans doute que je suis dur, voire cruel, mais vous ne comprenez pas. Je dois fréquenter ces parodies d’hommes depuis un grand nombre de révolutions, j’ignore combien, mais disons une éternité pour simplifier les choses. Cela ne vous semble pas horrible ? Cela vous semble supportable ? C’est que vous les voyez de loin, c’est-à-dire que vous ne voyez pas ce qu’ils sont. Je vous offre mes yeux qui sont habitués à les voir jusque dans leurs moindres défauts, dans toutes leurs imperfections. Je les peindrai le plus fidèlement possible et vous pourrez alors comprendre.

Ce qui frappe quand vous rencontrez un descendant, c’est l’odeur putride qui l’accompagne partout et qui vous signale sa présence, même si vous fermez les yeux pour l’ignorer. Sachez qu’il n’est en général guère préférable de le regarder : le descendant moyen est tout simplement hideux et beaucoup sont même difformes. Mais ce ne sont là que des traits physiques qui, bien qu’étant des signes de leur véritable nature, ne suffisent pas à convaincre une âme sensible comme la vôtre de la nécessité de se débarrasser de ces vauriens. Pour l’observateur avisé, leur caractère se manifeste dans tous leurs gestes, jusque dans les plus petits et les plus insignifiants. Leur regard est fuyant, leur sourire est hypocrite, leur voix est faible et hésitante, leurs mouvements sont incertains et maladroits, leur discours est insensé et vulgaire, etc. Je ne continuerai pas car vous avez sans doute compris ce qu'ils sont. Je n’en peux d’ailleurs plus de penser à eux : j’en ai bien assez de les voir sans devoir vous les décrire plus longuement.

Vous voyez donc que cette race de sous-hommes mérite l’extermination, ce qui est trop peu : elle n’aurait jamais dû exister. Si nous mettons tous la main à la pâte, nous en aurons fini bientôt et l’Escalier sera un monde meilleur, un monde où il fera enfin bon vivre.

 

 

Politiques

Ascensions

Tous

Incident