15. Si l’on monte, c’est que l’on mérite de monter, c’est qu’il faut qu’on monte. N’allez pas croire que je suis de ceux qui croient que les descendants sont d’une nature différente ; si je monte, c’est parce que mes actes m’ont mérité cette noble position. À une époque lointaine, dont presque personne ne se souvient, nous n’étions point séparés comme nous le sommes actuellement : il n’y avait alors ni descendants ni ascendants. C’était le désordre social et la guerre civile nous menaçait, sans pourtant que personne ne daignât faire quoi que ce fût pour l’empêcher. C’est moi qui, en me hissant de marche en marche, donna l’exemple aux autres ascendants et qui laissa dans la poussière ceux qui sont devenus les descendants. Une société sans ordre n’en est pas une et il n’y a pas d’ordre sans hiérarchie, mais il ne faut pas en déduire que celle-ci puisse être arbitraire ; ne naîtrait alors qu’une société vouée à la décadence et à la petitesse. S’il y a un critère universel pour distinguer les êtres supérieurs des autres, ce sont ceux qui reconnaissent la nécessité de la hiérarchie ; il n’y a que les petits et les faibles pour nier son importance et même les distinctions qu’il y a entre les hommes.

Je vous préviens toutefois que je ne crois pas qu’on puisse reconnaître les grands hommes en fonction d’une origine précise, à des traits particuliers qui n’ont rien à voir avec les qualités qu’on leur suppose. Je ne vais même pas jusqu’à prétendre que dans tous les peuples ils doivent avoir les mêmes vertus. Par exemple, nous, qui vivons sur ce territoire qu’est l’Escalier, devons exiger des qualités bien précises de notre élite : celle-ci doit faire preuve de persévérance et de force de caractère, car même si elle monte, elle tourne toujours en rond et en vérité ne monte jamais. Sa condition n’étant guère différente de celle des descendants, n’en tirant aucun avantage, au contraire devant gaspiller ses forces en vain, la grandeur de l’élite doit être dans son caractère, dans sa capacité à porter un fardeau que les descendants ne parviennent même pas à imaginer, et c’est pourquoi ils envient l’élite et la déteste. Mais au fond, puisque certains d’entre nous montent et d’autres descendent, et qu’il doit obligatoirement en être ainsi, leur existence est plus heureuse que la nôtre, même s’ils ne savent pas en profiter.

Nous qui sommes l’élite ne dominons pas les descendants ; nous leur évitons des tourments qui leur seraient insupportables en les endurant à leur place. S’ils sont incapables de se montrer reconnaissants, s’ils sont incapables de voir ce que nous faisons pour eux, c’est la moindre des choses qu’ils reconnaissent notre supériorité même si c’est pour les mauvaises raisons car nous leur sommes alors bien supérieurs.

Alors, mes frères, soyez fiers et gardez la tête haute ! Ne fléchissez pas sous le poids de votre devoir ! C’est sur vos épaules que repose toute notre société !

 

 

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