19. Quelle belle scène c'était ! A-t-on déjà vu un combat plus héroïque, où les guerriers se griffaient et se tiraient mutuellement les cheveux avec plus de hardiesse !

J’en ai marre ! Je ne peux plus supporter ces prétentieux que je dois côtoyer ! De quel droit montent-ils alors que je descends ? J’en ai assez qu’ils me regardent avec un air condescendant ou, encore pire, qu’ils m’ignorent. Qu’ils me disent au moins en quoi ils me sont supérieurs ! Mais ils en sont incapables et ils répondent toujours la même chose : « Nous sommes supérieurs parce que nous montons alors que, toi, tu descends. » Foutaises ! Cela n’a rien à voir ! Ils seraient supérieurs parce qu’ils montent, et ils monteraient parce qu’ils seraient supérieurs. Ils doivent me prendre pour un parfait abruti pour me répondre de telles absurdités. D’ailleurs, s’ils montent vraiment et si je descends effectivement, comment se fait-il que nous nous rencontrions constamment ? Et puis, n'ont-ils pas été vaincus par les descendants ? Et tout continue de se passer comme avant...

N’allez pas croire que je veuille prendre leur place ; ça, jamais ! Mais s’ils montent sans monter et si je descends sans descendre, nous sommes tous dans la même situation ; malgré des impressions divergentes, nous tournons en rond. Nous ne pouvons en conclure que ceci : que nous sommes tous égaux, ou si nous ne le sommes pas, la supériorité des uns n’a rien à avoir avec leur ascension, comme l’infériorité des autres ne peut pas être reconnue à leur descente. Ceux qui se contentent de leur soi-disant petitesse ou de leur prétendue grandeur sont méprisables ; il n’y a que ceux rêvant vraiment de noblesse et de supériorité, choses qui ne nous sont jamais données ni assurées quand elles sont nôtres, qui méritent d’être admirés.

Quant aux faibles, qu’ils demeurent petits puisque c’est ce qu’ils méritent. La soumission est la seule chose qui leur convienne. Ils sont incapables de saisir une occasion de se libérer quand elle se présente. La liberté leur paraît encore plus pénible que leur asservissement, et elle le leur serait. En ce qui concerne ceux que leur prétendue supériorité rend insolents, il faut leur enlever la confiance qu’ils ont en eux, il faut les ridiculiser jusqu’à ce qu’ils voient que ce qu’ils croient être n'est en rien ce qu’ils sont. C’est alors que les petits les accueilleront à bras ouverts. En rien il ne faut s’arrêter à ce moment, car nous n’obtiendrions alors qu’un règne de l’ensemble des petits se sachant petits, qui succéderait au règne des petits se croyant grands. Ça ne vaut pas la peine de nous déranger pour si peu. C’est pour cette raison qu’il faut inventer une nouvelle hiérarchie et une grandeur qui en soit véritablement une.

On tentera de m’arrêter, comme on a déjà essayé de me faire taire dans le passé. Je suis prêt à me défendre comme je l’ai déjà fait. Et s’ils s’en prennent à ma vie, je ne me gênerai pas pour les envoyer rejoindre leurs camarades qui pourrissent dans la cour intérieure.

 

 

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