22. Écoutez-les donc parler, descendants comme ascendants : vous ne saurez pas si vous devez être amusé ou horrifié. Tous ce qu’ils disent n’est que poudre aux yeux et ne peut avoir aucune prise sur le réel pour le transformer : ils sont, même s’ils ne l’avoueront jamais, des forces statiques. Entendez-vous leurs discours identitaires ? Ne comprenez-vous pas qu’ils sont toujours tournés vers le passé ? « Nous, les ascendants… Nous, les descendants… » Mais, au fond, qu’est-ce que cela peut-il bien vouloir dire ? Cela signifie-t-il même quelque chose ? C’est déjà supposer beaucoup trop. Moi, qui suis un ascendant, qu’ai-je en commun avec les autres ascendants ? Est-ce seulement le fait de monter l’Escalier au lieu de le descendre ? Un descendant quelconque, de son côté, n’a de lien avec les autres descendants que parce qu’il descend les marches et qu’il ne les monte pas. Je sais bien que c’est sur cette différence fondamentale qu’est structurée toute notre société ; jamais je ne pourrais nier ce fait. Seulement, je le conteste. Tant que nous verrons les choses de cette manière, rien ne changera vraiment et la guerre opposant les différentes classes se poursuivra indéfiniment, celles-ci continuant toujours à exister tant que nous verrons les choses de cette manière, tant que nous nous considérerons comme appartenant à des groupes dont la constitution est tout à fait arbitraire et n’est en rien légitime.

Ai-je décidé d’appartenir à la classe ascendante ? À ma connaissance, jamais. C’est comme cela, voilà tout. Mais cela n’a certainement pas à être comme cela ! Seules les associations volontaires, entre individus, indépendantes de leur appartenance à une classe, peuvent nous sortir de l’impasse dans laquelle nous sommes depuis les débuts de notre société. Les véritables rapports sociaux sont ceux qui sont régis en fonction des affinités personnelles des différents individus ; dans tous les autres cas, il n’y a qu’appartenance à un groupe fixe, auquel on s’identifie presque totalement, ce qui permet des rapports bien limités entre individus en tant qu’ils appartiennent à la même classe sociale, ou entre individus en tant que membres de groupes antagonistes, ou encore entre différents regroupements sociaux ; dans tous les cas, ce sont des comportements sociaux au sens grégaire du terme.

En envisageant les choses de la sorte, en solidifiant des identités passées et statiques, on empêche la réalisation de futurs changements : on érige littéralement autour de soi les murailles impénétrables d’un pénitencier dont nul ne peut raisonnablement espérer s’enfuir. Le même persiste donc, et pour toujours, jusqu’à ce que les manières de concevoir la société changent considérablement. C’est l’esclavage à coup sûr, et pour tous, pour les ascendants comme pour les descendants.

C’est pourquoi il faut concevoir autrement les liens nous unissant en tant que membres d’une même société. Seules des associations libres et mouvantes, entre individus, peuvent donner à une société la force qui lui est nécessaire pour prospérer. Sans celles-ci, son activité organique cesse peu à peu et, tôt ou tard, elle n’est plus qu’une momie poussiéreuse et desséchée.

 

 

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