22. Qu’on ne me permette pas de m’associer librement avec qui je désire, c’est une chose ; que je n’aie personne avec qui je désire m’associer, c’en est une autre ! L’un d’eux crie, et les voilà tous qui crient et se bagarrent ! Un autre crie encore plus fort, et à ce signal ils cessent de crier et de se bagarrer, et reforment gentiment les rangs pour poursuivre leur promenade ! A-t-on déjà vu des bêtes plus grégaires ! Impossible de m’associer à eux ! Je n’en ai pas le goût, et il leur serait d’ailleurs impossible de s’associer librement à moi. Il est donc insensé de rêver d’associations libres parce qu’ils me dégoûtent tous les uns plus que les autres et parce qu’ils sont incapables de telles associations !

Cela me désole au plus haut point. Ne faudrait-il pas faire des associations libres pour transformer tous nos rapports ? Et pour qu’il soit possible de s'associer ainsi, ne faudrait-il pas d’abord que nos rapports sociaux soient déjà dans une certaine mesure différents ? Comment cela peut-il commencer ? Cela peut-il même commencer ? Dois-je désespérer ? Probablement ; mais je garde quand même l’œil ouvert, car il n’est pas à exclure que dans ce troupeau se trouve caché quelqu’un qui mériterait mon estime et mon amitié.

 

 

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