25. Vous voyez bien que j’avais raison. Je sentais que quelque chose menaçait la paix publique. Un peu plus et c’était la guerre civile. Et pourtant nul n’a dénoncé l’arbitraire de l’organisation sociale avant la bagarre. Vous croyez donc que j’ai tort et qu’il y a une autre explication à ce fâcheux incident. Nullement. On ne peut en conclure que ceci, ce que d’ailleurs je pressentais avant le triste événement : on ne doit pas seulement faire taire ceux qui dénoncent le caractère arbitraire de l’organisation sociale, mais on doit même les empêcher de penser une telle chose. Cette pensée impie est un ver qui dévore de l’intérieur les membres de notre société et donc la société elle-même. Qui d’autre qu’un de ces sombres individus sans foi ni loi aurait pu être l’instigateur de cette bagarre ? Ce ne peut être qu’un d’entre eux. Si nous ne voulons pas que les choses s’enveniment, il faut par tous les moyens les empêcher de cultiver en eux des opinions aussi nocives pour la vie en société. Et si nous ne pouvons les empêcher de penser en eux ce qu’ils veulent, il faut les empêcher de nous nuire autrement. Si leur exécution est le seul moyen, soit, ce sera l’exécution ! Mais je crois qu'il y a un autre moyen : il faut stabiliser la superstition par le poids de l'habitude. C'est seulement grâce à un ensemble de pratiques, de rituels et de dogmes qu'il est possible de contrôler la pensée de tous. L'arbitraire sur lequel se fonde l'organisation sociale ne semblerait plus arbitraire, et alors la paix publique serait assurée.

 

 

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