26. Comme je vous l’ai déjà dit, je suis trop raisonnable pour croire aux folies des autres ou aux miennes. Mais, suite à cette affreuse bagarre, j’en suis venu à penser qu’il faut agir au plus vite. Il ne m’est pas permis, à moi qui détiens la clé de notre paix à tous, de simplement laisser aller les choses. Si je ne peux pas croire à ma propre folie, les autres peuvent certainement y croire. Je jouerai donc le fou et entraînerai derrière moi les autres, déjà fous ou non, car notre société a bien besoin d’un peu de folie, sans quoi son anéantissement ne saurait tarder. Mes fantaisies en provoqueront d’autres et je ne manquerai pas d’encourager les véritables fous à devenir encore plus fous. Seulement ainsi notre existence pourra-t-elle être supportable. C’est là la seule solution raisonnable. J’espère que le délire des autres m’entraînera comme mes chimères les auront entraînés, j’espère que celles-ci l’emporteront sur ma raison ; ainsi l’ennui et la grisaille disparaîtront, et il me sera plus facile d’accomplir ma mission, en espérant je ne devienne pas à nouveau sain d’esprit par folie, comme je suis devenu fou par sagesse. Pour le bonheur de tous, il me faut donc, comme tous, ou sacrifier ma raison, ou sacrifier mon bonheur. C’est un grand sacrifice, je le sais bien, mais il en vaut la peine.

 

 

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