3. Il m’arrive parfois de me demander, moi qui monte, s’il se produirait autre chose si je ne montais pas, mais si plutôt je descendais, et si je me demanderais alors ce qu’il se produirait si je ne descendais pas, mais si plutôt je montais. L’idée que je me fais de mon environnement est déterminée par le point de vue à partir duquel je le vois et la position que j’y occupe ; et l’idée que je m’en fais détermine mes manières de penser ; et mes manières de penser déterminent ma manière de voir et de concevoir mon environnement. Mais rien ne semble déterminer ma position dans mon environnement, c’est-à-dire celle d’ascendant, ou du moins, si elle a sa cause, je ne la connais pas. Comme mon statut d’ascendant est contingent et donc qu’il aurait très bien pu en être autrement, il aurait aussi bien pu se produire une autre cause contingente qui aurait pu faire de moi un descendant. Je peux donc imaginer que j’aurais pu être un descendant ; et si je l’étais, je pourrais tout aussi bien m’imaginer que je suis un ascendant, ce que j’imagine actuellement, comme je pourrais m’imaginer ce que je m’imaginerais si j’étais réellement celui que j’imagine être ou si j’étais seulement en imagination celui que j’imagine être. J’imagine qui je suis comme j’imagine qui je pourrais être, et j’imagine tout ce qui en découle ; que je sois ou non celui que j’imagine être, dans ce jeu de miroirs se retournant sans cesse leurs reflets, cela ne change rien du tout.

Mais imaginons que cela soit d’une quelconque importance. L’Escalier que je ne cesse de monter, si j’avais à le descendre, m’apparaîtrait-il autrement ? Et mon environnement, me formant différemment, serait-il alors tout autre ? Mais si je me posais la même question si j’étais un descendant, mais en m’imaginant être un ascendant, serais-je vraiment un autre ? Soit je ne peux pas m’imaginer autrement que je suis, soit je ne le serais pas même si j’étais un descendant. En ce qui me concerne, cela ne change absolument rien.

Sans pour autant être certain que tout serait semblable ou même identique si je descendais l’Escalier au lieu de le monter, je crois pouvoir prétendre que la répétition se répéterait dans cette autre existence ; je peux en conclure que je penserais alors comme j’existerais, ce qui revient à affirmer que je penserais alors de la même manière qu’actuellement, parce que j’existerais de la même manière qu’actuellement ; je penserais de manière circulaire parce que j’existerais de manière circulaire, tout comme je pense de manière circulaire parce que j’existe de manière circulaire ; et j’existerais de manière circulaire parce que je penserais de manière circulaire, tout comme j’existe de manière circulaire parce que je pense de manière circulaire.

Mais il m’arrive parfois de me demander quand même, moi qui monte, s’il se produirait autre chose si je ne montais pas, mais si plutôt je descendais, et si je me demanderais alors ce qu’il se produirait si je ne descendais pas, mais si plutôt je montais…

 

 

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