31. C’est moi, qui suis caché dans l’ombre, qui vous parle. Je vous ai menti, mais il est vrai que je suis l’Architecte. Vous vous méfiez et vous avez raison, mais pensez bien à ceci : l’Architecte de cette illusion architecturale doit être trompeur. Alors, si je mens, c’est donc que je suis vraiment celui que je prétends être.

Je suis l’Architecte de l’Escalier, et par conséquent je suis fou. Comment un architecte sain d’esprit aurait-il voulu et pu le construire ? Il ne peut donc être que l’œuvre d’un fou, et ce fou, c’est moi. Peut-être trouvez-vous que je ne m’exprime pas comme un fou, mais c’est que vous n’y connaissez rien à la folie. Comment le pourriez-vous, vous qui êtes certainement sain d’esprit, du moins dans la mesure où peut l’être celui qui perd son temps à écouter mes paroles et celles des habitants de l’Escalier ? Je fais une hypothèse, guère sérieuse, en ayant nullement l’intention de m’y arrêter longuement, parce qu’après tout ce n’est que mon hypothèse, c’est-à-dire celle d’un fou : si vous entendez ce que je dis — je veux aussi bien dire ouïr que comprendre —, c’est peut-être justement parce que vous êtes aussi fou que je le suis, en supposant que j’existe vraiment et que je ne sois pas seulement une chimère produite par votre imagination détraquée. Il faut un fou pour entendre ce que dit un autre fou, ou croire entendre ce qu’il dit — encore ici, je veux à la fois dire que vous croyez ouïr ce que je dis et que vous croyez le comprendre. Assez à ce sujet !

Mais que voulais-je dire ? Je me suis égaré et je ne m’en souviens plus... Peu importe ! Il me suffit de dire que je suis l’Architecte et que je suis fou !

 

 

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