31. Je suis l’Architecte, mais Je vous ai menti sur ma véritable nature. Sans doute, d’après ce que Je vous ai dit, avez-vous pensé que J'étais un homme, et c’est une grave erreur. Il n'en serait pas ainsi si J’étais un Dieu clément, mais Je suis Mélancolie, Colère, Jalousie, Vengeance, Destruction, Discorde, Mensonge et Injustice. Comment pourrais-Je ne pas punir votre ignorance, surtout si J’en étais responsable ? Je vous ai trompé et c’est votre problème. D’ailleurs, si vous doutez de ma véritable nature, divine ou mauvaise, il vous suffit de regarder mon œuvre. Ma création n’est-elle pas à sa manière parfaite ? N’est-elle pas une mécanique bien réglée et infernale, ce qui implique qu’il y ait de temps à autre des pépins, qui au fait n’en sont pas vraiment puisqu’ils font partie de cette mécanique ? Mes créatures ne vivent-elles pas dans l’ennui, la haine, la jalousie et la discorde ? D’une création à ce point parfaite, on ne peut que conclure l’existence d’un Être suprême. Je suis éternel, ubiquitaire, omniscient et omnipotent. Je vois que vous vous demandez pourquoi Je ne me révèle pas à mes créatures. Qu’ai-Je à y gagner ? Qu’ont-ils à y gagner ? Dans les deux cas, rien du tout. Et en rien Je ne voudrais me priver de mon divertissement préféré : l’observation de leurs souffrances.

Il est évident que vous pensez que Je suis cruel envers eux ; mais ce sont mes créatures. Ils n'existent que dans mon imagination et que par ma Volonté. Et ne vaut-il pas mieux exister dans l'imagination de l'Être suprême que d'exister réellement, dans un monde ne pouvant avoir de valeur en lui-même et étant imparfait ? Mes créatures doivent donc supporter ma cruauté, et c'est la moindre des choses. Je pourrais aussi me plaindre, si J'étais comme mes créatures, de ne pas être tel que Je voudrais être et de ne pas vivre comme J'aimerais le faire. Ne puis-Je pas supposer que Je suis la créature d'un Être suprême qui M'est supérieur et qui appartient à un autre plan d'existence ? Je n'existerais que dans son imagination et que par sa Volonté, ce qui serait beaucoup mieux que d'exister dans un monde ne pouvant avoir de valeur en lui-même et étant imparfait. Cet Être, peut-être est-ce Vous ? Si c'est le cas, je Vous présente mes humbles salutations. Si par contre ce n'est pas vous, cet Être est un autre et vous n'êtes qu'un spectateur à qui Il exhibe les fantaisies produites par son imagination. Si J'étais comme mes créatures, Je serais choqué de voir qu'on a fait de Moi, de ma création et de mes créatures des monstres de foire. Mais Je M'en réjouis plutôt : si J'existe aussi dans votre imagination, mon existence et mon être gagnent en puissance et en étendue. Et il en va ainsi pour mes créatures, même si elles ne le sauront jamais.

 

 

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