32. La seule chose digne à laquelle nous pouvons consacrer notre temps est la compréhension de notre condition. Tout le reste n’en vaut pas la peine. D’ailleurs, si nous voulons réfléchir, il faut diriger notre intellect vers ce qui nous est connaissable dans une certaine mesure, c’est-à-dire ce que nous sommes, ce que nous faisons et l’univers qui est le nôtre. Tout le reste n’est bon que pour les vieilles femmes.

Alors voilà ma question : « Que pouvons-nous attendre de notre existence ? » Pour répondre à cette question, qui est sans aucun doute la plus fondamentale qui soit, il nous faut comprendre la nature de notre existence, c’est-à-dire en quoi elle consiste essentiellement. Il va de soi qu’il nous est impossible ou bien ridicule de nous considérer comme des êtres isolés de notre environnement. Et s’il faut connaître notre environnement dans ce qu’il a de plus essentiel, il ne faut pas seulement savoir ce que nos yeux nous permettent de voir, mais ce que nous pouvons conclure à partir de nos observations.

Bien que personne ne les ait jamais atteintes, il doit exister des extrémités à l’Escalier, l’une supérieure et l’autre inférieure. Il ne peut être infini, cet attribut étant toujours associé à deux autres qualités, c’est-à-dire, évidemment, la perfection et l’éternité. Notre expérience nous permet de conclure que l’Escalier dans lequel nous progressons n’est ni parfait ni éternel : ses marches ne sont pas uniformes et sont poussiéreuses, sans compter qu’elles semblent s’user sous nos pas. De cela il faut déduire la finitude de l’Escalier.

Voyons maintenant quels sont les impacts de cette finitude sur notre existence. L’Escalier, comme nous venons tout juste de le dire, étant fini et non pas infini, et puisqu’il ne se vide pas et car il n’y a jamais d’embouteillage, ce que nous réaliserions bien rapidement si cela se produisait, même en étant loin des extrémités, car nous sommes tous à la même distance les uns des autres, voilà ce qu'il faut en conclure : les ascendants, une fois en haut, se font descendants, et les descendants, une fois en bas, se font ascendants. Il n’y a pas d’honneur ou de déshonneur à occuper une position ou une autre ; elle n’est toujours que provisoire. Il faut nous réjouir de la diversité de notre existence et de la justice de l’Univers. Nous sommes tous des frères, nous sommes tous égaux.

 

 

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