33. Pauvres habitants de l’Escalier ! Vous criez, vous vous bousculez, peut-être même vous révoltez-vous ; et puis quoi ? Dans le meilleur des cas, il n’y aura que quelques-uns d’entre vous qui périront. Et pourquoi tout cela ? Pour la même chose, toujours la même chose. Vous pouvez bien vous révolter aussi souvent que vous en aurez envie, sans idées de ce que pourraient être l’Escalier et les nouvelles structures sociales, rien ne changera. Sans elles, vous ne serez jamais rien de plus que des automates qui jouent à la chaise musicale, dont l’un est éliminé de temps à autre. Vous ne m’entendez pas ? Évidemment, comment connaîtriez-vous ce jeu ridicule, heureusement disparu depuis la construction de l’Escalier ? À peine les mots qui le composent vous sont-ils compréhensibles ? Je m’exprime autrement : vous tournez en rond, et cela indéfiniment, jusqu’à ce que votre promenade s’interrompe temporairement pour que l’un ou plusieurs de vous soient éliminés, événement difficile à expliquer et à prévoir.

Que j’aimerais vous libérer de vos chaînes ! Que j’aimerais reconstruire avec vous l’Escalier et ses structures sociales ! Mais il faudrait que vous compreniez ce que j'ai à vous dire. Si je vous parlais, m’écouteriez-vous ? Et si vous vouliez bien m’écouter, vous parlerais-je de manière à me faire comprendre ? Si nous y mettions tout le cœur dont nous sommes capables, il ne serait même pas certain qu’il nous serait facile de discuter. Nos expériences, notre manière de voir le monde et notre langage sont si différents. Il nous faudrait être patients. Mais avez-vous même le temps de discuter et de penser ? Pour qu’il en soit ainsi, ne faudrait-il pas que vous soyez déjà tout autres, comme les structures sociales et l’Escalier lui-même ? Je ne sais donc pas comment m’y prendre, mais je ne désespère pas. Pauvres habitants de l’Escalier !

 

 

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