6. Quand on a passé une éternité à descendre sans arriver quelque part et que depuis tout ce temps on rumine toujours les mêmes pensées, on en vient à adopter certains préceptes de sagesse sans lesquels l’existence serait insupportable. Moins on en sait, mieux on se portera. À quoi bon vouloir savoir pourquoi on est ici ? On est ici et tu comprendras qu’on aimerait ne pas l’être. La vie n’étant que souffrance, que peut apporter la connaissance de ses origines et de ce maudit Escalier ? Je te le dis, l’oubli, l’abrutissement et l’ignorance sont les seuls remèdes à nos maux.

Tu te dis qu’à ma place tu te questionnerais, et cela ferait de toi un imbécile. Il n’en manque d’ailleurs pas dans les parages… On ne peut pas répondre aux questions qu’on se pose, alors mieux vaut ne pas se les poser. La seule certitude, et on peut encore en douter, est qu’on est coincé dans un Escalier qui semble ne pas vouloir s’achever, à un bout comme à l’autre. Les questions font souffrir encore plus ; c’est de la folie de croire qu’elles apaisent la douleur. Les réponses qu’on leur trouve ne sont que des illusions qui amplifient nos tourments, par exemple l’existence de quoi que ce soit qui existerait hors de ce satané Escalier. L’espoir d’en sortir permet peut-être d’endurer un certain temps les tourments, mais il les alimente par le désir même d’en sortir. Et quand on lèvera le voile… Au fait, il importe peu que les grandes explications dont on est avide soient véridiques ou non : dans un cas comme dans l’autres, elles sont nocives. Si on découvre (croit découvrir) que l’Escalier est infini ou circulaire, on se plaindra d’y demeurer enfermé. Si on sait plutôt qu’il a des extrémités, on considérera avec appréhension ce qu’on y trouvera. Si on sait ce qu’elles sont, on craindra de les atteindre, on se désolera de ne pas les atteindre, ou on ne sera pas content de se diriger vers telle extrémité et non vers l’autre. Tu vois bien que j’ai raison.

Je ne déroge ici aux règles de vie que je m’impose en temps normal que pour te venir en aide, si jamais tu te trouves dans une situation semblable à la mienne. J’en ai assez dit et maintenant je me tais.

 

 

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