9. Suite à une vie tout entière passée dans cet Escalier, l’homme sensé ne peut en venir qu’à une conclusion : c’est que ce monde n’aurait jamais dû exister. Tout le reste n’est que balivernes ! Malheureusement, il ne nous est pas possible d’empêcher la formation de l’Escalier ; il est déjà trop tard. Et de cette incapacité découle tous les maux de notre monde, qui deviennent immanquablement les nôtres ; car qui d’autre pourrait même percevoir les souffrances qu'ils provoquent ? Un monde sans personne pour souffrir n’a pas de maux à proprement parler ; il n’a que des maux potentiels pouvant être ressentis par des êtres qui viendront peut-être et dont la constitution les rendra capables de souffrir. Que nous soyons venus, que nous ayons la constitution nécessaire à l’expérience quotidienne de la souffrance, voilà qui montre bien qu’il serait mieux que nous n’ayons jamais été. Mais pourtant nous sommes... Alors que faire ? Le monde a commencé à exister indépendamment de notre volonté et il continuera à exister indépendamment de celle-ci, peu importe toutes les catastrophes que nous pourrions provoquer. Mais il en va tout autrement de notre existence : bien que nous ayons commencé à exister malgré nous, nous ne continuons pas à exister contre notre volonté. Il nous est toujours possible de mettre fin à notre existence et à la cruauté sans bornes du monde qui nous a donné naissance pour nous faire souffrir. Cette extrême cruauté, pour le dire avec érudition, est le monde qui prend par nous conscience de lui-même en tant que souffrance. C’est donc par nous que le monde souffre et notre libération, que les mauvaises langues et les mauvaises têtes pourraient considérer comme égoïste, est bien plus que notre libération : elle est la libération du monde lui-même, qui par nous pleure.

Libérez-vous donc et, par le fait même, libérez le monde !

 

 

Ascensions

Libérations

Abandons

TOus